vendredi 9 décembre 2011

La Communauté française est-elle obsolète?

Mercredi, à Bruxelles, a été célébré le quarantième anniversaire des communautés flamande et française. L’occasion de discours, mais aussi de débats. La Fédération Wallonie-Bruxelles est-elle devenue une coquille vide ou a-t-elle tout son sens après la dernière réforme institutionnelle? Interview.

La Libre Belgique: L’anniversaire de la Communauté française vous fait-elle chaud ou froid?
Christophe Collignon: "Euh, c’est intéressant dans la mesure où cela marque une date de l’évolution de notre pays, mais cela ne va pas au-delà de cela. Et je pense à l’inverse qu’on doit profiter des évolutions de mentalité et de la réforme institutionnelle qui sera votée pour, au niveau intra-francophone, mettre en ordre les institutions pour qu’elles fonctionnent le mieux possible."

LLB: Est-ce que vous souhaitez la disparition de la Communauté française, devenue aujourd’hui Fédération Wallonie-Bruxelles ?
CC: «Lorsqu’on a fait le groupe Wallonie-Bruxelles, il était composé de représentants du monde politique, mais aussi des secteurs associatif et économique. Au départ, ces gens n’avaient pas d’a priori et finalement les travaux pratiques ont démontré qu’il était plus efficace de travailler avec le socle des Régions. L’enseignement, séparé de matières d’emploi, cela n’a pas de sens. Nous, on veut modeler notre enseignement en fonction de nos besoins. Le principal problème à Bruxelles, ce sont les primo-arrivants qui nécessitent un enseignement adapté. Pour nous, en Wallonie, je suis persuadé que sur un plan économique, l’enseignement est la donnée la plus importante. Si vous mettez en place le plan Marshall, cela n’a pas de sens, par exemple, de développer des métiers verts si on n’a pas été formé à cela. Mais en matière d’enseignement, est-il concevable qu’il y ait un enseignement différent en Wallonie et à Bruxelles…
Il y a des formules. Je suis fatigué que l’on taxe les régionalistes d’un manque de solidarité. Entre les Régions et la Fédération, elle est quotidienne. En revanche, la Communauté française est inadaptée car elle n’a pas de capacité fiscale. Elle n’a pas non plus de territoire. Elle n’a pas été conçue pour mener des politiques.»

LLB: Il y a une majorité de régionalistes au sein de votre parti. Pourquoi n’ont-ils pas obtenu la clarification que vous souhaitez?
CC: «On l’a fait de manière indirecte en transférant certaines matières de la Communauté vers les Régions. Je pense que l’on bute sur le tabou de la notion de la solidarité, qui n’existerait pas. C’est la seule piste de viabilité de la Belgique.»

LLB: Que pensez-vous du modèle flamand, où la Communauté a englobé la Région?
CC: «C’est le vieux phantasme que personne ne défend. Ils ont pu le faire parce qu’ils ont peu de Flamands à Bruxelles. Ceux-ci sont d’ailleurs des laissés-pour-compte. Les Flamands de Bruxelles, tous partis confondus, n’ont rien à dire.»

LLB: Est-ce que le système des doubles casquettes n’est déjà pas un pas dans votre direction?
CC: «Il est évident que c’est beaucoup mieux. Mais c’est insuffisant. Il va y avoir des réformes importantes au niveau de la Belgique. La population n’est pas nécessairement consciente des bouleversements que cela va entraîner. C’est le moment d’aller de l’avant. Il faut en profiter pour faire nos propres réformes en tant que francophones. Cela va-t-il jusqu’à supprimer purement et simplement la communauté française? Peut-être.»



Entretien:
Jean-Paul Duchâteau dans «La Libre Belgique» du 8 décembre 2011.

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